Yorman Polas Bartolo : un parcours exceptionnel de 41 ans dans le basket européen

41 ans et toujours sur les parquets en première division : l'incroyable parcours du Cubain devenu une référence en Europe

En 2012, Yorman Polas Bartolo arrive en Allemagne avec de nombreuses incertitudes. À 26 ans, le Cubain ne parle pas la langue, n’est pas affilié à un club et doit encore obtenir l’autorisation de sa fédération pour pouvoir jouer. Il est loin d’imaginer la Bundesliga et ses salles remplies. Pourtant, il n’a jamais douté de ses compétences. Quatorze ans plus tard, il est toujours présent, avec trois titres de meilleur défenseur du championnat et le brassard de capitaine de Ludwigsburg. Une histoire remarquable pour celui qui avait entamé son aventure allemande en quatrième division.

Un rêve devenu réalité : de Cuba à l’Allemagne

Tout débute à Cuba, où Yorman Polas Bartolo découvre le basket à l’âge de 9 ans. « J’ai commencé parce que j’avais des amis qui jouaient. Un jour, je me suis dit que je devais essayer. J’ai commencé à m’entraîner et je suis rapidement tombé amoureux de ce sport », explique-t-il. Le basket s’impose rapidement comme une passion dans sa vie quotidienne. Le jeune Cubain passe de nombreuses heures sur les terrains extérieurs et observe les meilleurs joueurs du championnat durant le week-end.

À seulement 14 ans, il est déjà considéré comme un talent prometteur de sa génération. « Les gens me disaient souvent que je jouais bien, ce qui m’a encouragé à prendre le basket plus au sérieux. » Deux ans plus tard, il fait ses débuts dans le championnat national et commence à acquérir de l’expérience. À ce moment-là, un objectif lui tient à cœur : représenter son pays au sein de l’équipe nationale. « J’ai grandi en regardant ces joueurs défendre nos couleurs et je voulais leur ressembler. Quand j’ai finalement intégré la sélection, c’était une sensation incroyable. Mes coéquipiers étaient des joueurs que j’avais vus à la télévision. Tout à coup, je partageais le terrain avec eux et je représentais Cuba à l’étranger. C’était un rêve. »

Cependant, cette première ambition en engendre rapidement une autre. En affrontant des équipes étrangères, le Cubain découvre des joueurs évoluant en NBA ou dans des championnats de haut niveau. De nouvelles opportunités s’ouvrent alors à lui. « Je les observais et je me disais : ces joueurs sont vraiment forts. Je pensais avoir le talent nécessaire pour atteindre ce niveau moi aussi. Mais il était difficile d’y parvenir depuis Cuba. J’ai compris que je devais quitter le pays et découvrir d’autres championnats pour progresser. »

L’idée de tenter sa chance à l’étranger commence à germer. Une rencontre personnelle va finalement rapprocher le Cubain de l’Europe. « J’ai rencontré mon ex-femme allemande lors d’un match avec l’équipe nationale en Espagne. Nous sommes restés en contact, nous nous sommes mariés et c’est ainsi que l’Allemagne est entrée dans mes projets. »

À 26 ans, le compatriote de Grismay Paumier (2,04 m, 38 ans) traverse l’Atlantique pour tenter sa chance. Mais le changement est énorme. Nouveau pays, nouvelle culture, nouvelle langue et surtout, aucun club pour l’accueillir. Avec le recul, il se remémore cette période comme particulièrement difficile. « C’était probablement la partie la plus difficile de ma vie. »

« J’ai perdu dix ballons à cause des marches en un match »

Intégrer le circuit du basket allemand ne s’annonce pas aisé. « Je venais de Cuba, un pays qui n’était pas forcément sur le radar des clubs allemands. À l’époque, les équipes cherchaient souvent des joueurs américains ayant une expérience en Europe, des joueurs sortant directement de l’université ou des joueurs ayant évolué à un très haut niveau. Venir de Cuba compliquait les choses pour moi. »

Pourtant, le doute ne semble jamais l’atteindre. « Je savais que j’avais le talent pour jouer en première division dès mon arrivée en Allemagne. Je savais que je devais tracer ma propre voie et me battre pour chaque opportunité. » Ses débuts en Europe ne sont pas les plus simples. Même ses déplacements avec le ballon lui posent problème ! « En Europe, on ne peut pas faire des départs en dribble comme à Cuba. Je me souviens d’un match où j’ai perdu dix ballons juste à cause de ça. L’arbitre sifflait constamment ‘marcher’ lorsque je partais en dribble. » L’adaptation ne se limite pas aux règles : « En Europe, le basket est plus lent et plus tactique. À Cuba et en Amérique latine, nous jouions davantage comme aux États-Unis. »

Après six mois d’attente pour obtenir l’autorisation de la fédération cubaine, il retrouve les parquets en quatrième division allemande. Cette première expérience lui permet de s’habituer à un environnement très différent de celui qu’il connaissait. Il attire progressivement l’attention des recruteurs de la deuxième division allemande (Pro A) et rejoint ensuite les Crailsheim Merlins, avant de continuer sa progression avec les Giessen 46ers. Avec eux, il accède à la Bundesliga à 30 ans.

Son arrivée au plus haut niveau revêt une saveur particulière. « Beaucoup de personnes m’avaient dit que je n’avais pas le niveau pour jouer en BBL, que je n’étais pas assez fort pour évoluer en première division. Atteindre ce championnat était une manière de leur prouver le contraire. Mais ce n’était pas la fin de mes ambitions. Je voulais continuer à progresser et à me développer en tant que joueur. »

Après une première expérience réussie dans l’élite, il confirme avec Bonn et découvre les compétitions européennes. En quatre saisons au sein du club, il s’impose progressivement comme l’un des joueurs défensifs les plus redoutés du championnat. Ses performances sont reconnues à plusieurs reprises : deux sélections au All-Star Game allemand, en 2018 et 2019, puis deux titres consécutifs de meilleur défenseur de BBL en 2019 et 2020.

En 2020, il rejoint Ludwigsburg et poursuit sur sa lancée. Il intègre notamment le cinq défensif de la saison de la Basketball Champions League (BCL) avant de décrocher un troisième titre de meilleur défenseur de Bundesliga en 2021.

De scoreur cubain à défenseur redouté

Ces distinctions sont d’autant plus significatives pour un joueur dont le profil était bien différent à ses débuts. Car à Cuba, le défenseur redouté de Bundesliga était essentiellement un joueur offensif. « J’avais beaucoup le ballon en main et j’étais davantage orienté vers l’attaque, explique-t-il. J’avais d’ailleurs des coéquipiers plus forts que moi en défense. »

Mais en intégrant les divisions supérieures allemandes, son rôle a évolué. Confronté à une concurrence plus forte, il a dû trouver d’autres moyens d’impacter les rencontres. « Les choses ont changé et j’ai dû m’adapter. J’ai commencé à me concentrer davantage sur la défense », analyse-t-il. Une reconversion réussie, au point d’en faire sa principale signature. Trois fois meilleur défenseur de BBL, il s’est affirmé comme un spécialiste capable de gérer les meilleurs joueurs adverses. Son approche ne repose pas uniquement sur des qualités physiques ou tactiques. « Lorsque je joue contre un joueur d’un niveau supérieur, je sais qu’il va essayer de me montrer l’étendue de ses capacités. De mon côté, je veux aussi lui prouver ce dont je suis capable. »