Trois ans après son accession à la présidence du Hyères-Toulon Var Basket, Mathieu Perrymond se prépare à affronter ce qu’il qualifie de saison « tournante » dans l’histoire récente du club. À la tête de la société par actions simplifiée (SAS) du HTV, ce passionné de sport, convaincu de l’importance éducative de celui-ci, dirigera le premier exercice complet varois depuis l’arrivée d’investisseurs américains au printemps, un événement de grande envergure qui nécessite de garder les pieds sur terre.
Depuis son bureau dans le Marais parisien, cet homme d’affaires, les yeux encore marqués par des souvenirs forts de la Coupe de France de la saison passée, dresse un bilan préliminaire de son mandat. Il expose également une feuille de route, jalonnée d’ambitions élevées tout en restant prudent sur l’état d’esprit à adopter dans le travail, un état d’esprit à préserver précieusement.
Une saison fondamentale
BeBasket : Pensez-vous que la saison à venir est l’une des plus significatives de l’histoire du club ? Comment la présenteriez-vous ?
Mathieu Perrymond : Dire que c’est la plus importante de toute l’histoire du club serait un peu présomptueux. Cependant, de ma présidence, qui a débuté à l’été 2023, oui, c’est une saison fondamentale. Chaque saison a son importance, mais celle-ci restera marquante. Elle représente un tournant, une période de consolidation. J’ai hâte de la vivre, d’observer comment elle va commencer et évoluer. On ressent rapidement les dynamiques d’une saison, même si celle-ci est longue.
Le terme « tournant » revient fréquemment dans vos propos. Comment le définiriez-vous, à la lumière de ces trois premières années, de l’arrivée des investisseurs et du passage en SAS ?
Pour vraiment comprendre, il faut revenir trois saisons en arrière, avec la première année en Nationale 1 suivie de deux saisons en Pro B [devenue ELITE 2]. Le chemin parcouru est considérable : nous avons démarré d’un club réduit à sa plus simple expression, avec des passionnés, des bénévoles et un savoir-faire, mais sans moyens ni structure. La grande salle n’était plus accessible, tout comme le gymnase d’entraînement des Rouges. Ensuite, il y a eu le sauvetage financier, suivi d’une première saison un peu magique en NM1. Nous avons commencé de rien, sans budget, sans structure ni prétention au classement, et nous avons finalement remporté le championnat de France.
La saison suivante, en Pro B, a été marquée par des exigences strictes. Il y a eu un véritable écart en termes de budget et d’organisation, qui a concentré beaucoup de nos efforts. C’était une saison complexe. Je m’étais beaucoup concentré sur l’administratif, la gestion et la professionnalisation, alors que l’essentiel reste ce qui se passe sur le terrain. La transition du sport amateur au professionnel ne se fait pas du jour au lendemain.
La saison dernière était également particulière, car je travaillais déjà sur la construction du nouveau projet, ayant été approché par les investisseurs dès l’été 2025. Nous savions que nous allions passer en SAS et récupérer l’Espace 3000 pour 2026-2027. C’était une saison de transition avec un objectif ambitieux de play-in, que nous avons manqué d’une place. Cependant, notre parcours en Coupe de France a été le point fort de la saison, où nous étions vraiment proches de réaliser un exploit. Atteindre les demi-finales de la Coupe de France tout en terminant 12e avec un petit budget, c’est plutôt satisfaisant. Aujourd’hui, ce tournant se matérialise par la nouvelle salle de l’Espace 3000, le passage en SAS, l’arrivée d’investisseurs, des recrutements plus ambitieux et la professionnalisation des fonctions supports pour faire croître le club.
Maximiser les ressources malgré des moyens limités
L’arrivée des investisseurs marque-t-elle un tournant pour les exigences du club, permettant de se concentrer sur autre chose que la simple gestion administrative ? Le sportif en priorité…
Cela apporte un certain confort et élève les ambitions, bien sûr. Cependant, je ne veux pas tomber dans les excès de l’argent facile. Nous devons rester fidèles à notre ADN : réaliser le maximum avec peu de moyens. Dans le sport, il doit toujours y avoir une part d’incertitude et de déséquilibre. Lorsque tout devient trop facile, cela devient incohérent et incompatible avec la réalité du terrain, où il faut se battre à chaque match. Trop de certitude ou de confort peut étouffer la remise en question.
Ce matelas financier offre une certaine sérénité, mais il ne doit pas en apporter trop : du président aux joueurs, en passant par la direction générale et le staff, personne ne doit se laisser distraire par l’enjeu principal qui est de gagner. Chacun doit se sentir dans un relatif déséquilibre pour se remettre en question chaque jour.
Un discours qui prend d’autant plus de sens à la lumière de l’actualité d’un autre club du Sud-Est qui a été rétrogradé en Nationale 3…
(sourire) Au-delà du basket, je pense que c’est vrai dans tous les sports. Nous sommes poussés vers le sport-business avec des influx financiers considérables, mais l’argent n’est pas directement corrélé aux résultats sur le terrain. Lorsque l’on injecte trop d’argent, on crée des disparités inévitables, tant salariales que structurelles, qui rendent la pérennité difficile.
Pour nous, à Hyères-Toulon, recruter Axel Julien, John Roberson ou Clément Cavallo, c’est un atout. Mais ce talent ne vaut rien s’il n’est pas structuré. Il faut de l’argent, mais avant tout maintenir la cohérence du sport collectif. C’est un véritable danger, tout comme la dépendance aux subventions publiques qui se font rares. Mon ambition pour le HTV est de construire prudemment un club doté de capitaux propres et d’un véritable pôle de formation, sans tout miser uniquement sur les stars sur le terrain.
Investissements et avenir du club
Avant d’aborder la question financière dans le sportif, il y a celle des investissements dans les infrastructures, notamment l’Espace 3000. Quelles évolutions peut-on anticiper pour l’avenir ?
Il s’agit d’abord de retrouver le public hyérois à l’Espace 3000. Avec les travaux de l’autoroute dans l’agglomération, se rendre le soir au Palais des Sports de Toulon était devenu compliqué, et nous avons un peu perdu ce contact. Je remercie le public toulonnais que nous avons réussi à rassembler : nous sommes passés de 150 spectateurs en NM1 à une moyenne de 2 000 et jusqu’à 4 000 lors des grands matchs. L’Espace 3000, c’est l’ADN du club.
À plus long terme, mon ambition est de bâtir un véritable centre de performance. Un pôle d’excellence centré sur le biomédical, la rééducation, la performance sportive et le cognitif, des domaines sous-investis mais essentiels jusqu’à la recherche fondamentale. Je suis très attaché à l’éducation des jeunes et au modèle éducatif du sport. Mon plus beau souvenir jusqu’à présent au club, au-delà de la montée, c’est la vidéo spontanée des jeunes du centre de formation dans leur internat, lors de notre qualification en demi-finale de la Coupe de France. (il s’émeut) C’est ce genre d’empreinte humaine que je souhaite laisser.
Ambitions sportives et message aux supporters
Sur le plan sportif, un recrutement significatif a été réalisé avec les retours de Clément Cavallo et d’Axel Julien, ainsi que l’arrivée de Marc-Olivier Lasserre. Quel est l’ordre de grandeur du budget nécessaire pour attirer de telles références de la LNB, et quel projet leur présente-t-on ?
Il est important de saluer le travail remarquable du staff : l’entraîneur Stéphane Dumas, Gaëtan Etienne, et surtout William Dumas [manager général du HTV, ndlr.]. William possède un flair exceptionnel et une capacité unique à contacter les joueurs et les agents. Il avait fait venir John Roberson par audace, en l’ayant vu se soigner à Paris.
Nous présentons aux joueurs un projet ambitieux, très professionnel, mais qui reste profondément humain dans ses fondements. Des signes comme la quatrième saison de Moses Greenwood au club témoignent de notre sérieux. L’arrivée des investisseurs, la nouvelle salle et l’ambition d’aller plus haut sont des éléments attractifs. Pour Clément Cavallo, la première fois que je l’ai vu jouer avec Boulazac [où il a fini champion de Pro B, ndlr.], j’ai été impressionné par son discours apaisé et collectif en conférence de presse. Je me suis dit ce jour-là : ‘je veux travailler avec lui, je le veux’; il avait le profil parfait pour être capitaine. Nous recrutons beaucoup en fonction de ces critères humains, de personnes qui s’intègrent dans un groupe.
En ce qui concerne le budget, nous passons d’environ 850 000 ou 900 000 euros à environ 1,15 million d’euros. C’est une belle augmentation, mais cela reste très mesuré par rapport à d’autres clubs de la division.
Quelles ambitions sportives fixez-vous pour l’équipe à l’issue de cet été « tournant » ?
William Dumas dira toujours que ce sera difficile (rire), mais mes objectifs sont très clairs : je veux que nous jouions les playoffs cette saison et viser la montée en Betclic ÉLITE d’ici 2 à 3 ans. C’est clair et cela a été communiqué au staff et aux joueurs. Sans pression excessive, tout en prenant du plaisir comme dans une cour d’école. Nous avons la qualité, l’expérience, et des joueurs qui ont déjà connu des montées et même le niveau supérieur. Si l’envie et le collectif sont présents, nous pouvons y parvenir.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux supporters et aux adversaires du HTV ?
Aux supporters : un grand merci. Et leur dire qu’il est crucial d’être présent pour cette saison de retour à l’Espace 3000, avec un projet ambitieux et une réelle expérience en salle qu’ils ne regretteront pas. À nos adversaires : que le meilleur gagne ! Je suis très mauvais perdant lors des matchs (rire), mais en dehors de cela, le sport doit nous rassembler pour nous professionnaliser. Il sera difficile de nous battre cette saison. Que tout le monde s’amuse, que nos jeunes s’épanouissent, et qu’à la fin, nous jouions les playoffs !
Depuis Paris, IV° arrondissement…









