Depuis l’émergence de la Dream Team lors des Jeux olympiques de Barcelone en 1992, aucune sélection de joueurs NBA n’avait réussi à battre les États-Unis. Pourtant, dix ans plus tard, lors de la Coupe du Monde 2002 organisée à Indianapolis, cette série semblait être sur le point de se poursuivre. Team USA avait débuté son tournoi par cinq victoires consécutives. Cependant, tout s’est effondré en quelques jours : une défaite historique contre l’Argentine, suivie d’une élimination face à la Yougoslavie et d’un dernier revers face à l’Espagne lors des matchs de classement. Au final, l’équipe américaine a terminé à la sixième place sur son sol, un véritable traumatisme pour la nation.
58 victoires consécutives
Sur le papier, cette équipe américaine ne ressemblait toutefois pas à la Dream Team de 1992. Plusieurs stars de la NBA avaient décliné l’invitation à participer. Kobe Bryant, Tim Duncan et Kevin Garnett avaient choisi de se reposer, tandis que Shaquille O’Neal, Jason Kidd et Ray Allen étaient blessés.
Le coach de l’époque, George Karl, avait néanmoins à sa disposition un groupe exclusivement constitué de joueurs de la NBA. Bien qu’il n’y ait pas de véritable superstar, l’équipe comptait 12 joueurs expérimentés, dont plusieurs All-Stars tels que Paul Pierce, Reggie Miller, Jermaine O’Neal, Ben Wallace, Shawn Marion et Elton Brand.
Les premiers matchs n’avaient suscité aucune inquiétude. Les équipes d’Algérie, d’Allemagne, de Chine, de Russie et de Nouvelle-Zélande avaient toutes été battues, les États-Unis remportant leurs cinq premières rencontres avec une avance moyenne de près de 30 points.
L’Argentine réalise l’impossible
Mais le 4 septembre 2002, l’Argentine allait marquer un tournant dans l’histoire du basket international. Face aux Américains, l’Albiceleste se présente également invaincue, avec une génération de joueurs qui allait bientôt briller sur la scène mondiale : Manu Ginobili, Luis Scola, Fabricio Oberto, Andrés Nocioni et Pepe Sanchez.
L’Argentine ne se contente pas de résister. Elle prend les devants dès le départ et compte jusqu’à 20 points d’avance dans le deuxième quart-temps. Team USA revient à six longueurs après la pause, sans jamais réussir à égaliser. L’Argentine s’impose logiquement 87-80, mettant un terme à la série de 58 victoires consécutives des Américains. Ce moment est symbolique. Pour la première fois, une équipe américaine composée de joueurs de la NBA a perdu un match.
Avec sa modestie habituelle, El Manu (15 points face aux U.S.) souligne une différence clé entre les deux équipes.
« Nous nous connaissons. Nous savons où seront les écrans, quand couper pour recevoir une passe. Apparemment, Team USA non. »
Cela met en évidence le manque de vécu collectif au sein de l’équipe américaine, qui semble avoir abordé ce mondial avec une certaine arrogance.
De l’accident à la débâcle
Une défaite pour Team USA aurait pu être interprétée comme un simple avertissement. Cependant, la suite du tournoi allait lui donner une toute autre ampleur. Le lendemain, la Yougoslavie battait également les Américains de justesse (81 à 78) en quart de finale, grâce à Peja Stojakovic (20 points) et Vlade Divac (16). Cela éliminait les États-Unis avant les demi-finales, à la grande surprise de tous. Deux jours plus tard, l’Espagne, menée par un immense Juan Carlos Navarro (26 points), dominait Team USA (81-75) dans le match pour la cinquième place.
Les États-Unis finissaient donc à la sixième place, avec trois défaites lors de leurs quatre derniers matchs. À l’image de son pourcentage de réussite aux lancers francs sur l’ensemble du tournoi (62,8 %), Team USA n’avait pas été à la hauteur pour décrocher le titre mondial devant son public. Cette désillusion poussait George Karl à s’interroger publiquement à l’issue de la compétition.
« L’argent et l’avidité de la NBA ont-ils un impact sur notre esprit de compétition ? »
Bis repetita aux Jeux d’Athènes
Le traumatisme d’Indianapolis ne freine pas une nouvelle déconvenue deux ans plus tard. Aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004, les États-Unis devaient se contenter de la médaille de bronze. L’Argentine de Manu Ginobili, quant à elle, remportera la médaille d’or après avoir éliminé Team USA en demi-finale.
Ces deux compétitions ont contribué à une remise à plat du programme américain et à une recherche d’un engagement plus durable de ses joueurs, sous la direction du duo Mike Krzyzewski (sélectionneur) et Jerry Colangelo (président). Ce binôme a posé les bases du succès de Team USA lors des Jeux de Pékin, après l’échec de la Coupe du Monde 2006 au Japon, remportée par l’Espagne du MVP Pau Gasol.
Indianapolis reste donc gravée dans les mémoires comme le premier séisme de la sélection américaine. Le 4 septembre 2002, Team USA n’a pas seulement perdu contre l’Argentine, mais a également pris conscience que les temps avaient changé et que la simple présence de joueurs de la NBA n’offrait plus aucune garantie de succès.









