Après avoir passé cinq saisons dans le milieu universitaire américain, Kezza Giffa a décidé de revenir sur les lieux où une partie de son parcours a débuté. Ancien membre du centre de formation de Levallois, le meneur français a rejoint les Metropolitans pour entamer sa carrière professionnelle en ELITE 2. Ce qui rend son retour particulièrement intéressant, c’est qu’il évolue désormais sous l’autorité de son père, Sacha Giffa, une figure emblématique du basket à Levallois.
S’étant rapidement imposé parmi les meilleurs marqueurs du championnat, il s’est révélé comme l’un des principaux atouts offensifs d’une équipe nouvellement promue, qui présente un bilan de quatre victoires et cinq défaites après neuf journées. Ce début de saison encore irrégulier n’empêche pas les joueurs de nourrir des ambitions qui vont au-delà du simple maintien. Dans un entretien, Kezza Giffa évoque ses cinq années américaines, son expérience lors de la March Madness, son retour à Levallois, sa relation avec son père et les prochaines étapes de son évolution.
Analyse du début de saison
Levallois a bien commencé sa saison avant de rencontrer des moments plus difficiles. Avec quatre victoires et cinq défaites à son actif, quel est ton avis sur ces premières journées ? Penses-tu que les adversaires ont commencé à s’adapter à votre style de jeu ?
Nous avons débuté la saison avec quelques succès, mais nous avons ensuite rencontré des obstacles. Il faut aussi se rappeler que nous formons un nouveau groupe. Nous devons apprendre à nous connaître, à développer nos habitudes et à améliorer la fluidité de notre jeu. Cela repose avant tout sur la répétition. Nous n’avons pas toujours été au complet durant la préparation, et cela s’est fait sentir en début de saison, même si nous avons réussi à décrocher quelques victoires.
Perdre n’est évidemment pas idéal, mais je pense que ces difficultés rencontrées lors des derniers matchs sont intéressantes. Elles nous ont permis d’identifier nos faiblesses, de travailler dessus à l’entraînement et de continuer à développer nos points forts. Contre Fos, nous avons su appliquer ces leçons. Nous sortions d’une excellente semaine d’entraînement, où tout le monde a élevé son niveau de jeu. Nous avons pris ce match très au sérieux, car en Pro B, chaque équipe peut l’emporter sur une autre. L’énergie était bonne et positive, et nous sommes repartis avec la victoire. Maintenant, notre objectif est de lancer une série de victoires.
Retour sur l’expérience américaine
Sur le plan individuel, tu te retrouves rapidement parmi les meilleurs marqueurs d’ELITE 2. T’attendais-tu à être aussi productif dès tes débuts professionnels en France ?
Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. J’étais conscient que c’était un championnat physique, mais après cinq années passées aux États-Unis, où le basket est très athlétique et rapide avec beaucoup de fautes, mon expérience là-bas m’a beaucoup aidé à m’adapter ici.
J’avais une certaine vision de mes capacités et de ce que je pouvais apporter à une équipe. Je savais ce que je valais. Pour l’instant, je continue de travailler en ayant confiance en mon staff, qui me fait également confiance, tout comme mes coéquipiers. Ce début de saison est prometteur pour moi, et j’espère poursuivre sur cette lancée.
Tu as passé cinq ans aux États-Unis, un parcours qui n’a pas toujours été évident. Au départ, tu as eu peu de responsabilités, puis tu as su te révéler à High Point et participer à la March Madness. Que retiens-tu de ces différentes expériences ? As-tu parfois eu l’impression d’avoir été oublié en France ?
Oui, peut-être, car j’ai passé cinq ans là-bas. J’ai pris le temps de tracer mon chemin, d’obtenir mes diplômes et d’apprendre un style de basket différent, beaucoup plus axé sur l’attaque, le développement des qualités individuelles et le un-contre-un, notamment pour créer son propre tir.
Lorsque je suis arrivé aux États-Unis, rien ne m’a été offert. J’ai dû me battre pour atteindre le succès que j’ai connu par la suite avec High Point. Ce ne fut pas facile, mais c’était une expérience enrichissante. Là-bas, on dit souvent que les Européens sont un peu trop doux, que nous avons tendance à réfléchir davantage et à avoir un QI basket plus développé que les Américains. Cette expérience m’a permis de me confronter à un environnement différent et de découvrir de quoi j’étais capable.
J’ai persévéré, ce qui démontre ma force de caractère et ma volonté de donner le meilleur de moi-même. Au final, je ne garde que de bons souvenirs de ces cinq années. Je n’ai aucun regret, c’était une expérience magnifique dans son ensemble.
Retour à Levallois et relation avec Sacha Giffa
Lorsque tu as quitté Levallois après tes années Espoirs, tu n’as pas immédiatement intégré l’équipe professionnelle. Revenir aujourd’hui au club, avec plus de responsabilités, est-il une forme de revanche ?
Non, pas du tout. À la fin de mes années Espoirs, j’ai reçu de nombreuses offres et j’étais vraiment intéressé par les États-Unis. J’ai grandi à regarder des matchs de March Madness avec mon père. C’était un rêve pour moi, et quand cette opportunité s’est présentée, cela m’a semblé être la suite logique de ma carrière.
Aujourd’hui, revenir ici me fait énormément plaisir. Ayant été formé à Levallois, défendre les couleurs des Metropolitans est la meilleure façon de lancer ma carrière professionnelle.
Tu retrouves aussi ton père, Sacha Giffa, qui a laissé son empreinte sur l’histoire du club et qui est maintenant ton entraîneur. Comment cette relation fonctionne-t-elle au quotidien ? Est-il facile de dissocier le basket de la vie de famille ?
Nous savons très bien faire la part des choses. Sur le terrain, c’est le travail. En dehors, nous savons faire la distinction, et cela reste mon père. Nous entretenons une très bonne relation et nous travaillons beaucoup ensemble.
Nous faisons notamment beaucoup de vidéos ensemble. Je reviens d’un basket universitaire avec des systèmes très courts, où il y a beaucoup de un-contre-un. Ici, l’Élite 2 est également un championnat rapide, mais les systèmes sont parfois plus longs. Nous cherchons à exploiter les mismatches et à identifier les situations favorables. C’est un style de basket qui nécessite un peu plus de réflexion.
Nous travaillons donc beaucoup sur ces aspects. Tout se passe très bien avec lui. C’est vrai que c’est un peu étrange d’être coaché par son père, mais c’est également très gratifiant.
Ambitions de l’équipe et développement personnel
Il y a aussi une particularité dans cet effectif, avec plusieurs fils d’anciens joueurs professionnels, comme Ken Milling, Tom Digbeu et Solly Stansbury. Cette histoire commune crée-t-elle une émulation particulière entre vous ? L’étiquette de « fils de » peut-elle parfois être lourde ?
Pour nous, nos parents ont eu leurs carrières, mais maintenant, c’est à nous de forger notre propre histoire. C’est vrai que c’est amusant de voir autant de fils d’anciens joueurs dans une même équipe, mais chacun a son propre parcours et ses propres qualités.
Par exemple, mon père jouait plutôt aux postes 3 et 4, alors que je suis meneur de jeu. Ce sont deux profils très différents. Ce qui est également amusant, c’est que cela rappelle l’époque des Cardiac Kids, lorsque mon père jouait en Pro B. Certains parlent même des Cardiac Kids 2.0 aujourd’hui. C’est drôle d’entendre ça !
Levallois avait fixé le maintien comme premier objectif pour son retour en ELITE 2. Pourtant, un véritable engouement entoure ce groupe, et plusieurs joueurs ont un potentiel intéressant. Pensez-vous pouvoir viser plus haut ?
Oui, je le pense, et je crois que l’ensemble de l’équipe partage cette opinion. Nous avons quelque chose à accomplir cette saison. Nous possédons un gros potentiel, même si nous devons continuer à travailler. Nous sommes une équipe jeune, mais nous avons aussi de l’expérience. Chacun d’entre nous a connu des parcours atypiques.
Ce qui est essentiel, c’est que nous formons vraiment un groupe, une famille. Chaque jour, c’est un plaisir de s’entraîner avec ces gars-là. Nous nous entendons bien, nous aimons travailler ensemble et nous avons tous un objectif commun : aller le plus loin possible. Nous ne voulons pas nous fixer de limites.
Ton jeu repose beaucoup sur le scoring, la capacité à attaquer le cercle, provoquer des fautes et créer tes propres tirs. Est-ce que ce sont des qualités que tu as particulièrement développées aux États-Unis ? Et, inversement, sur quels aspects dois-tu encore progresser pour franchir un nouveau cap ?
J’ai toujours eu cette capacité à marquer des points, même lorsque je jouais en Espoirs. Toutefois, je pense avoir réellement franchi un cap aux États-Unis. Comme je l’ai mentionné, les systèmes y sont beaucoup plus courts et il faut être capable de créer son propre tir. On attend aussi de toi que tu marques des points. J’ai eu la chance d’avoir des entraîneurs qui ont su me développer et m’orienter dans cette direction. J’ai suivi leurs conseils et cela m’a permis d’évoluer.
Pour la suite, je pense que je dois surtout continuer à apprendre le métier de meneur de jeu. Je suis meneur, même si je peux aussi jouer en tant qu’arrière. Ce que je souhaite développer, c’est ma capacité à contrôler une équipe, à gérer le tempo d’un match.
Je pense que je sais déjà bien jouer à rythme, accélérer le jeu et pousser le ballon pour créer des situations offensives. Cependant, lorsque les choses se compliquent, il est également essentiel de ralentir, de conserver le ballon, d’annoncer les bonnes stratégies et de placer mes coéquipiers dans les meilleures conditions. C’est un domaine sur lequel je travaille beaucoup actuellement.
Je regarde énormément de basket, notamment de l’EuroLeague, pour continuer à apprendre. Je pose aussi beaucoup de questions. Au club, je discute régulièrement avec les membres du staff, notamment avec Steeve Essart, Mous Sonko et Seidou Njoya. Ils m’aident énormément. Nous visionnons beaucoup de vidéos ensemble, nous échangeons et même pendant les entraînements, ils n’hésitent pas à m’interrompre pour me donner des conseils.
Il est vraiment appréciable d’avoir un staff qui souhaite autant t’aider à progresser. Pour ma part, j’ai une soif d’apprendre et de m’améliorer. J’essaie donc de tirer parti de tous ces conseils.
Quels sont les meneurs qui t’inspirent le plus ? Y a-t-il des joueurs dont tu observes particulièrement le jeu pour progresser dans cette dimension d’organisation ?
Oui, il y en a beaucoup. J’observe tous les types de meneurs, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. Quand j’étais plus jeune, j’étais fan de Tony Parker, qui a eu une carrière exceptionnelle avec les Spurs.
Je pense également à Sylvain Francisco, qui joue en EuroLeague et qui était à Levallois lorsque j’y étais. C’est un joueur que je connais et que je suis de près. Aux États-Unis, j’observe beaucoup Chris Paul et Jalen Brunson. Ce sont des joueurs qui accomplissent un travail remarquable à leur poste tout en étant capables de marquer. Je peux donc un peu m’identifier à eux.
J’essaie de regarder un maximum de matchs d’EuroLeague et de NBA pour apprendre des différentes façons de jouer. L’objectif est de continuer à progresser et à m’améliorer.
Pour finir, quels objectifs te fixes-tu cette saison, tant collectivement qu’individuellement ? Et comment envisages-tu la suite de ta carrière après ces cinq années aux États-Unis et ton retour en France ?
Pour cette saison, l’objectif est d’aller le plus loin possible. Nous voulons montrer que nous ne sommes pas ici simplement pour le maintien. Nous visons haut, nous visons le championnat. Mais pour y parvenir, il faut travailler chaque jour et surtout se concentrer sur le prochain match.
Il ne faut pas regarder trop loin dans le calendrier ni se concentrer sur ce qui pourrait se passer dans quelques semaines. Il faut d’abord préparer le prochain match et tenter de le gagner. C’est ainsi que nous progresserons collectivement.
Sur le plan personnel, mon objectif est avant tout d’aider mon équipe à gagner. Je pense que si j’y parviens, les récompenses individuelles et autres suivront naturellement. C’est souvent ce qui arrive aux joueurs évoluant dans des équipes qui gagnent.
Concernant l’avenir de ma carrière, j’ai signé seulement pour un an à Levallois. Je ne sais donc pas encore où je serai la saison prochaine. Mais pour le moment, je suis très heureux d’être ici, à Levallois, d’être chez moi et de revenir à Paris.









