Jaylen Hoard, élément clé des Bleus : « Frédéric Fauthoux m’encourage à tirer plus »

ITW Jaylen Hoard, facteur X des Bleus : « Frédéric Fauthoux m’encourage à tirer plus »

Bien qu’il ne soit pas considéré comme un choix principal, Jaylen Hoard a toujours été présent lorsque la France avait besoin de lui. Lors d’un match contre la Serbie, cet intérieur a su se démarquer en marquant le panier décisif à la dernière seconde, offrant ainsi la victoire aux Bleus (91-90). Quelques jours après, il a réalisé deux tirs à trois points cruciaux dans le dernier quart-temps lors du match contre la Suède, alors que Victor Wembanyama avait besoin de souffler.

Ces moments témoignent de la place que Jaylen Hoard, joueur du Maccabi Tel Aviv, est en train de s’installer au sein de l’équipe nationale. Dans un secteur intérieur particulièrement compétitif, Hoard n’a aucune certitude quant à son temps de jeu. Frédéric Fauthoux attend de lui qu’il défende sur plusieurs postes, qu’il apporte de l’énergie, qu’il sécurise les rebonds et qu’il profite des espaces laissés par les défenses adverses. C’est un rôle exigeant où chaque occasion compte.

À 27 ans, le Franco-Américain aborde cette situation avec la sérénité d’un joueur qui continue de progresser. Champion d’Israël pour la première fois, prolongé jusqu’en 2029 par le Maccabi et régulièrement sélectionné avec les Bleus, il est convaincu de n’avoir pas encore atteint ses limites. Son objectif est désormais de s’établir durablement en EuroLeague et de devenir une référence dans ce championnat.

Une équipe de France qui a trouvé des automatismes

Les retrouvailles avec la Slovénie, suivies de la victoire en Suède, ont permis à la France de porter son bilan à sept victoires en huit matches lors des qualifications pour la Coupe du Monde 2027. Plus que les résultats, cette fenêtre se voulait être l’occasion pour Frédéric Fauthoux de rassembler des joueurs issus de la NBA et de l’EuroLeague, après plusieurs rassemblements essentiellement composés de joueurs évoluant en Europe.

Pour Jaylen Hoard, cette expérience a dépassé la simple quête de résultats immédiats. « C’était vraiment intéressant de pouvoir jouer avec Victor, Maxime et les autres joueurs qui n’étaient pas là lors des fenêtres précédentes », partage-t-il. Malgré le temps restreint dont disposait le staff, le groupe a progressivement trouvé un équilibre. « On a vu de bonnes choses et d’autres moins bonnes, mais je trouve qu’on a joué de mieux en mieux au fil des matchs, que ce soit pendant la préparation ou lors des deux rencontres de qualification. On a réussi à créer quelques automatismes avec les nouveaux joueurs. »

Cette évolution ne s’est pas limitée au terrain. Dans une équipe qui a beaucoup changé depuis les Jeux de Paris, la construction d’un nouveau cycle passe également par les relations établies entre les joueurs. Hoard souligne l’importance de la vie collective et le plaisir qu’ils ont eu durant le rassemblement. « Le groupe vivait bien en dehors du terrain. C’était vraiment agréable de voyager ensemble et de découvrir différents pays. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant cette semaine. »

« Peu importe le scénario, il faut que je reste prêt »

Quelques jours avant le début de la fenêtre officielle, Jaylen Hoard avait déjà marqué les esprits lors du match contre la Serbie. Alors que Marko Guduric venait de redonner l’avantage à la sélection de Nikola Jokic, Sylvain Francisco a remonté le terrain avant de trouver Hoard, lancé vers le cercle. Son panier au buzzer a permis aux Bleus de s’imposer 91-90 à Orléans.

Cependant, cette conclusion ne couvre qu’une partie de son match. Aligné avec la lourde tâche de défendre sur Jokic, Hoard a traversé une rencontre difficile sur le plan offensif. « J’avais commencé le match en défendant sur Jokic et ça s’était plutôt bien passé. En revanche, je n’avais pas été bon en attaque, donc j’étais sur le banc », admet-il. Frédéric Fauthoux l’a finalement rappelé pour la dernière possession serbe, d’abord dans l’espoir de réaliser un stop.

Hoard a rapidement compris ce que cette action pouvait signifier pour son parcours avec les Bleus. « J’y ai pensé au moment où j’ai marqué. Peu importe comment se déroule le match, on peut appeler mon nom à n’importe quel moment et il faut que je sois prêt. » Il ne se considère pas comme un joueur dont l’influence dépend uniquement du nombre de tirs pris. Sa polyvalence lui permet de revenir pour une mission défensive, un rebond ou une séquence précise, avant qu’une occasion offensive ne se présente.

Le scénario s’est reproduit en Suède. Peu utilisé jusqu’alors, Hoard a dû prendre le relais dans le dernier quart-temps lorsque Wembanyama est sorti pour récupérer. « Je devais d’abord bien défendre. Ensuite, il y a eu deux possessions sur lesquelles ils m’ont laissé ouvert à trois points. C’étaient des tirs importants et j’ai réussi à les mettre. » Sa satisfaction réside moins dans ses statistiques que dans sa capacité à saisir ces rares occasions. « Ce sont exactement les moments où je dois être prêt et apporter quelque chose à l’équipe. Je pense que j’ai réussi à le montrer pendant cette fenêtre. »

« Frédéric Fauthoux ne me fait jamais de promesse »

Dans une équipe de France qui compte notamment sur Victor Wembanyama, Rudy Gobert, Guerschon Yabusele, Maxime Raynaud et plusieurs autres profils occupant le poste 4, la concurrence est forte et ne laisse aucune certitude. Frédéric Fauthoux a d’ailleurs choisi de ne pas définir la place de Jaylen Hoard avec un statut figé.

« Quand je discute avec lui, il ne me fait jamais de promesse concernant mon temps de jeu, le fait d’être titulaire ou quoi que ce soit d’autre », explique le joueur du Maccabi. Le sélectionneur lui demande avant tout de conserver les qualités qui lui ont permis de se rapprocher durablement des Bleus : « Il veut que j’apporte de l’énergie, que je défende bien, que je sois solide en attaque et que j’aide partout où je le peux. Il me demande simplement d’être prêt et de continuer à être le joueur que je suis. »

Fauthoux a cependant identifié un domaine où son intérieur doit s’autoriser plus de liberté. Lors de certains matchs, Hoard a hésité à prendre des tirs ouverts qu’il aurait pu convertir. « Il m’encourage à tirer plus. Il y a eu quelques matchs où j’étais démarqué mais où j’hésitais, alors que je peux mettre ces tirs. Il veut que je sois plus confiant et que je n’évite pas les opportunités. » Son adresse contre la Slovénie et en Suède a constitué une première réponse. Plus qu’un simple complément, le tir extérieur pourrait également influencer la manière dont les défenses choisissent de le couvrir.

Un premier titre, d’autant plus fort contre l’Hapoel

La saison de Jaylen Hoard avait déjà pris une tournure particulière avant son retour en sélection. Après deux finales perdues avec l’Hapoel Tel Aviv et une saison précédente interrompue en raison de la guerre, l’ancien joueur d’Oklahoma City a enfin décroché son premier titre de champion d’Israël avec le Maccabi.

Cette victoire récompense plusieurs années d’efforts pour atteindre cet objectif. « C’était quelque chose que je voulais accomplir depuis longtemps. À deux reprises, j’avais été très proche du titre, mais on avait perdu lors du dernier match. La saison précédente, nous pensions également pouvoir le gagner, mais le championnat n’avait pas pu aller jusqu’au bout à cause de la guerre. Réussir à le faire cette année était vraiment gratifiant. »

Le scénario a rendu cette victoire encore plus personnelle. Pour remporter le titre, Hoard et le Maccabi ont dû battre l’Hapoel, son ancien club. Il connaît bien l’intensité qui entoure cette rencontre, ayant vécu le derby des deux côtés. « Gagner contre mon ancienne équipe, c’était encore mieux à cause de cette rivalité. La série a été très intense, avec une forte ambiance. C’était une expérience formidable. »

Au-delà du trophée, cette saison a confirmé son ascension dans la hiérarchie du Maccabi. Arrivé en 2024 pour découvrir l’EuroLeague, Hoard n’est plus seulement un joueur athlétique utilisé pour ses qualités de finition et sa polyvalence défensive. Son club l’a prolongé jusqu’en 2029, avec l’ambition d’en faire l’un des piliers de son projet.

Belgrade, une nouvelle habitude

Bien que les matches domestiques du Maccabi continuent de se jouer en Israël, le club prévoit de commencer à nouveau sa saison européenne à Belgrade. Cette situation pourrait évoluer si l’EuroLeague permet finalement à l’équipe de jouer à Tel-Aviv, mais pour l’instant, cela oblige les joueurs à se préparer à une nouvelle campagne loin de leur véritable domicile.

« Le club essaie de faire pression pour que cela change », indique Jaylen Hoard. « Dubaï a été autorisé à jouer ses matchs chez lui, alors qu’en théorie, ce n’est pas forcément plus sûr là-bas. On verra, mais pour l’instant, on va commencer l’EuroLeague à Belgrade. » La répétition de ces déplacements a fini par créer une forme de routine, sans effacer ce que le Maccabi perd en quittant son public.

Hoard décrit Menora comme une salle dont l’influence dépasse largement le simple avantage statistique de jouer à domicile. « On prend forcément moins de plaisir à Belgrade parce que nos supporters apportent énormément d’énergie. L’ambiance à Menora est incroyable. Quand on joue là-bas, il y a quelque chose que l’on ne peut même pas décrire. C’est intense, les gens aiment vraiment le basket et cela nous porte pendant les matchs. » Le Maccabi avait d’ailleurs remporté ses six rencontres européennes disputées dans sa salle au cours de la saison dernière, preuve de l’impact que ce soutien peut avoir.

Le Français s’apprête cependant à vivre une quatrième campagne européenne dans ces conditions, après une première expérience avec l’Hapoel et trois saisons entamées avec le Maccabi. « Maintenant, j’ai l’habitude de jouer à Belgrade. Avec le temps, j’y ai trouvé de bons endroits et des activités pour rendre l’expérience plus agréable. Puisque je connais la situation, j’essaie de m’organiser pour être bien mentalement et de m’adapter. » Une adaptation essentielle pour un club qui refuse de renoncer à ses ambitions continentales.

Un rôle de leader dans un Maccabi profondément renforcé

La prolongation de Jaylen Hoard s’inscrit dans le cadre de la reconstruction ambitieuse menée par le Maccabi. Daniel Theis, Yam Madar, Oshae Brissett et Keaton Wallace ont notamment rejoint ou renforcé un effectif qui compte également T.J. Leaf et Bonzie Colson. Après plusieurs saisons européennes difficiles, le club israélien souhaite retrouver les playoffs.

Dans ce groupe renforcé, Hoard ne s’attend pas à ce que son identité de jeu change fondamentalement. « En défense, on va probablement me demander la même chose : défendre sur n’importe quel poste, changer sur les écrans, apporter de l’énergie et continuer à aider au rebond. » Sa mobilité reste l’une de ses principales forces dans une EuroLeague où la capacité des intérieurs à contenir des joueurs plus petits est devenue essentielle.

La différence devrait se faire davantage sentir en attaque. Son influence offensive avait diminué par moments la saison précédente, en partie à cause des changements successifs au sein de l’effectif. Pendant les playoffs israéliens, le staff lui a demandé de retrouver une approche plus agressive. Cette consigne doit désormais s’étendre à l’EuroLeague. « On m’a demandé d’être plus agressif des deux côtés du terrain. Je pense aussi que je dois être l’un des leaders de l’équipe. Cela fait un moment que je suis au club, donc je dois apporter mon expérience et montrer l’exemple. »

Ce changement de responsabilités correspond au nouveau statut atteint par le Français. Sa position n’est plus celle d’un novice que le Maccabi chercherait simplement à développer. En le sécurisant jusqu’en 2029, le club lui a signifié qu’il devait participer activement à son retour parmi les meilleures équipes européennes.

« Je ne pense pas du tout être dans mon prime »

À 27 ans, Jaylen Hoard pourrait être considéré comme étant à l’aube des meilleures années de sa carrière. Pourtant, il refuse de croire qu’il a atteint son sommet. Son raisonnement repose sur une progression qu’il juge encore très visible d’une saison à l’autre, tant avec le Maccabi qu’en équipe de France.

« Honnêtement, je ne pense pas du tout être dans mon prime. J’ai l’impression de progresser chaque année et de monter de niveau, que ce soit en EuroLeague, dans mon jeu ou avec les Bleus », affirme-t-il. « Je gravis les échelons et j’améliore encore beaucoup de choses, notamment offensivement. J’ai toujours des secteurs sur lesquels je peux progresser et j’ai hâte de le montrer cette saison. »

Son évolution doit lui permettre de mieux répondre aux adaptations des défenses. Pendant longtemps, Hoard a fait une grande partie de ses dégâts en coupant vers le cercle, en jouant au-dessus du panier ou en profitant du travail de ses coéquipiers. Ces qualités sont désormais bien identifiées par ses adversaires. « Les équipes me connaissent mieux. Elles savent que j’aime couper, prendre des alley-oops et finir près du cercle. Cette année, j’ai dû trouver d’autres manières de marquer et créer davantage par moi-même. »

Le tir à mi-distance, l’attaque des closeouts et la capacité à aller au cercle après plusieurs dribbles ont ainsi pris une place croissante dans son travail. Hoard estime avoir déjà progressé dans ces domaines, mais son principal défi reste le tir extérieur. « J’ai vraiment beaucoup travaillé à trois points cet été, lorsque j’étais en Guadeloupe. Je trouve que le travail a payé. Maintenant, il faut que je le montre pendant la saison. Ce n’est pas parce que je ne tire pas beaucoup que je n’en ai pas la capacité. Je dois simplement être plus agressif et surtout plus constant dans cette agressivité. »

Les playoffs, la Coupe du monde et l’ambition de devenir une référence européenne

Hoard souhaite franchir une nouvelle étape avec le Maccabi. « À court terme, j’ai envie d’aller en playoffs d’EuroLeague. Ce serait déjà un cap important dans ma carrière et pour le club, après plusieurs années difficiles. » La reconquête du titre en Israël figure également parmi ses objectifs immédiats, tout comme une participation à la Coupe du monde 2027 avec l’équipe de France.

Sur le plan individuel, son ambition est désormais clairement exprimée. « J’ai envie d’être l’un des meilleurs joueurs d’EuroLeague. » Pour y parvenir, Hoard sait que sa polyvalence défensive ne suffira pas. L’amélioration de son tir, sa capacité à créer davantage et la régularité de son agressivité offensive doivent lui permettre de devenir un joueur autour duquel une équipe peut construire, et non plus seulement un élément capable de sublimer le travail des autres.

La NBA demeure présente dans un coin de son esprit. Passé par Portland et Oklahoma City avant de rejoindre l’Europe, le Français n’écarte pas l’idée de traverser de nouveau l’Atlantique. « Pourquoi ne pas retourner en NBA si j’en ai l’opportunité ? Ce serait plutôt à long terme. Pour l’instant, je me concentre vraiment sur l’EuroLeague et sur mon objectif de devenir l’un des meilleurs joueurs de la compétition. Je veux continuer à progresser et voir où cela peut me mener. »

Il ne s’agit donc ni d’un plan de départ, ni d’une remise en question de sa prolongation au Maccabi. Hoard préfère laisser ses performances élargir progressivement les possibilités, comme elles lui ont déjà permis de passer de la NBA à un rôle majeur en Israël, puis de l’EuroCup à l’EuroLeague et à l’équipe de France.

Un passionné de NBA qui ne manque presque aucun match

Son intérêt pour la NBA ne se limite d’ailleurs pas à une éventuelle suite de carrière. Malgré le décalage horaire et un calendrier européen chargé, Jaylen Hoard continue de suivre la ligue de manière assidue. « Je suis vraiment un grand fan de NBA. J’ai le League Pass et j’essaie de regarder le plus de matchs possible. Avec les horaires, ce n’est pas toujours simple, donc je les regarde souvent en différé, le lendemain, après l’entraînement. »

Pendant les playoffs, cette organisation raisonnable laisse parfois place à des nuits plus courtes. « Il m’arrivait de me lever pendant la nuit », sourit-il. La présence de nombreux proches et coéquipiers en NBA rend ces rencontres encore plus captivantes à ses yeux. Il a notamment suivi le parcours de San Antonio, mais aussi les performances de Victor Wembanyama, Maxime Raynaud, Rudy Gobert et d’autres internationaux français.

« Je connais de plus en plus de joueurs personnellement, donc les matchs deviennent encore plus intéressants à regarder. Si je n’ai pas le temps de les voir en entier, je regarde au moins les résumés. J’essaie vraiment de suivre tout le monde. »

Cette curiosité nourrit également son propre jeu et renforce ce lien avec une ligue qu’il n’a jamais complètement laissée derrière lui.

Pour l’instant, son quotidien reste centré sur Tel-Aviv, l’EuroLeague et les Bleus. Il souhaite maintenant prouver, sur la durée, qu’il peut être appelé bien plus souvent.