Il y a encore quelques semaines, il était difficile d’imaginer un tel début de saison pour le Saint-Quentin Basket-Ball. Relégué sportivement en ÉLITE 2 à l’issue d’une saison 2025-2026 particulièrement difficile, le club picard a finalement conservé sa place dans l’élite suite à l’exclusion de l’AS Monaco des championnats professionnels. Ce repêchage, officialisé le 31 août, a contraint les dirigeants à accélérer la constitution de leur effectif afin de permettre à Raphaël Pascual de bénéficier d’un groupe capable de rivaliser avec les équipes de Betclic ÉLITE.
Moins d’un mois plus tard, le SQBB a réalisé l’une des sensations de la première journée en s’imposant face à la JL Bourg, championne d’EuroCup, à l’issue d’une rencontre spectaculaire qui s’est conclue en prolongation. Au cœur de cet exploit, un homme s’est particulièrement démarqué : Erick Neal. Pour sa première apparition dans le championnat français, le meneur américain a enregistré 20 points, 11 passes décisives, 2 rebonds et 3 interceptions en 31 minutes, prenant immédiatement ses responsabilités tant dans la création que dans la finition.
Cela a constitué une entrée en matière idéale pour ce joueur expérimenté, qui a notamment évolué en Turquie, en Roumanie, en Pologne, au Monténégro et en Arabie saoudite, découvrant ainsi la France après plusieurs saisons à l’étranger. Au-delà de ses statistiques, Neal a montré une assurance et une sérénité précieuses pour une équipe construite dans l’urgence. Cela nourrit quelques ambitions, même si le maintien reste la priorité du club.
« Je n’aborde jamais un match en pensant que nous allons perdre »
Interrogé quelques jours après ses débuts réussis, le meneur affichait sa satisfaction. Face à un adversaire du calibre de Bourg-en-Bresse, cette victoire avait une saveur particulière, d’autant plus que Saint-Quentin n’avait pas eu le temps de trouver ses automatismes durant une préparation écourtée.
« Quand on commence une saison comme ça, c’est forcément une bonne chose. Et le fait que ce soit contre une équipe comme Bourg rend cette victoire encore plus belle. C’était vraiment agréable de gagner ce match. Maintenant, j’ai hâte de voir ce que nous réserve la suite, dès la prochaine rencontre. »
Cependant, l’Américain refuse de qualifier cette performance de miracle. À 31 ans, il a suffisamment d’expérience pour savoir que l’écart prétendu entre deux équipes ne détermine pas toujours le résultat d’un match. Cette confiance est l’un des principes de son approche du basket.
« Je suis comme ça, j’ai toujours le sentiment que je peux gagner. Peu importe le match, je considère qu’il y a toujours une possibilité de l’emporter. Je ne suis jamais entré sur un terrain en me disant que nous allions perdre. Contre Bourg, c’était exactement la même chose. Je me suis dit qu’on pouvait gagner ce match. C’est toujours avec cet état d’esprit que j’aborde une rencontre. »
Cette conviction s’est avérée essentielle samedi 26 septembre. Menés au cours de la rencontre, les Saint-Quentinois n’ont jamais abandonné, trouvant les ressources nécessaires pour revenir, forcer la prolongation et ensuite faire la différence. Cette capacité de réaction, Neal l’attribue moins à une cohésion déjà établie qu’à l’expérience de ses coéquipiers. Bien que le SQBB ait dû reconstruire son effectif rapidement, il a misé sur plusieurs profils aguerris pour atténuer les conséquences de cette préparation inhabituelle.
Un recrutement dans l’urgence, mais un groupe riche en expérience
L’histoire de l’arrivée d’Erick Neal illustre d’ailleurs la particularité de cet été. Avant même l’officialisation de son maintien administratif en Betclic ÉLITE, le club avait commencé à avancer sur certaines pistes. Le meneur américain, annoncé fin août, a été convaincu par le discours de son entourage et les retours d’un joueur qu’il connaissait bien : Alexandre Gavrilovic, son ancien coéquipier en Turquie, également recruté par le SQBB. Dans une situation qui aurait pu susciter des interrogations, cette connexion a facilité sa décision.
« Avant de venir ici, j’avais joué avec Alex [Gavrilovic] en Turquie. Il m’a dit beaucoup de bien de l’équipe. Mon agent m’a également parlé positivement du championnat français. J’ai discuté avec plusieurs personnes avant de prendre ma décision. Je savais qu’il y avait beaucoup de bonnes équipes dans cette ligue et que ce serait l’occasion de montrer mes qualités tout en essayant de gagner des matches. »
Le défi sportif a ainsi pesé dans la balance, plus que les circonstances mouvementées ayant précédé son arrivée.
Restait ensuite à construire un collectif. Les nouvelles recrues ont dû apprendre à jouer ensemble dans des délais très courts, sans bénéficier des longues semaines de préparation habituellement nécessaires pour mettre en place un projet de jeu. Une difficulté réelle, mais que Neal nuance volontiers. Pour lui, le professionnalisme et l’expérience de ses partenaires ont permis de surmonter certaines étapes, notamment dans la gestion des moments délicats face à Bourg.
« Au bout du compte, nous sommes des professionnels. Je crois même que nous avons l’équipe avec la moyenne d’âge la plus élevée du championnat, si je ne me trompe pas. Nous avons donc essayé de mettre nos expériences en commun. Contre Bourg, nous avons été menés, mais nous avons tous déjà vécu ce genre de rencontre, ces moments où il faut continuer à se battre pour surmonter les difficultés. C’est ce que nous avons fait. Nous avons fini par renverser la situation et, une fois revenus, nous n’avons pas relâché la pression. »
Ce discours révèle une caractéristique importante du nouveau Saint-Quentin : son identité ne repose pas uniquement sur son meneur. Avec des joueurs comme Karvel Anderson, Ousman Krubally ou Alexandre Gavrilovic, le club picard dispose de plusieurs éléments habitués aux exigences du basket professionnel. Neal ne cherche donc pas à se poser en guide d’un groupe inexpérimenté, mais plutôt à s’intégrer dans un collectif où les responsabilités sont partagées.
« Ce n’est pas seulement moi qui apporte de l’expérience. C’est vraiment quelque chose de collectif. Nous avons beaucoup de joueurs qui ont du vécu, probablement l’une des équipes les plus expérimentées du championnat. Avoir ces gars autour de moi facilite les choses, aussi bien pour créer des connexions que pour faire fonctionner l’équipe. »
Une découverte du basket français marquée par son intensité
Le parcours d’Erick Neal témoigne d’une certaine capacité d’adaptation. Formé à Arlington, aux États-Unis, le meneur a ensuite multiplié les expériences à l’étranger, découvrant divers environnements et styles de jeu. Cela lui permet de relativiser les difficultés que pourrait représenter une arrivée dans un nouveau championnat. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande ce qui l’a le plus surpris depuis ses débuts en France, sa réponse est plutôt mesurée.
« Je ne dirais pas que quelque chose m’a vraiment surpris. J’ai déjà joué contre beaucoup d’équipes au cours de ma carrière. En revanche, je trouve que le rythme est un peu plus rapide que dans le championnat d’où je viens. C’est la principale différence que j’ai remarquée. »
Cette intensité l’a néanmoins contraint à retrouver rapidement ses repères physiques. Neal admet ne pas avoir abordé sa préparation estivale dans les meilleures conditions, ce qui a rendu ses premières séances en France plus exigeantes que prévu.
« J’ai eu un été compliqué, avec pas mal de choses à gérer pendant la période où je devais me préparer. Quand je suis arrivé, je n’étais donc pas encore totalement en forme physiquement. Et comme le jeu allait assez vite, j’ai dû m’y adapter. »
Cette confidence donne une autre dimension à sa prestation contre Bourg-en-Bresse. Sans prétendre avoir atteint son meilleur niveau physique, le meneur a rapidement montré ses qualités d’organisateur. Sa lecture du jeu, sa capacité à servir ses partenaires et son aptitude à prendre ses responsabilités offensives ont permis au SQBB de trouver des solutions face à un adversaire mieux installé dans son projet collectif. Reste maintenant à reproduire cette performance sur la durée, au fil d’une saison où les défenses adverses auront progressivement plus d’éléments pour préparer leurs rencontres contre lui.
« Je suis un meneur capable de marquer, mais je cherche d’abord à faire les bons choix »
Avec un double-double pour entamer la saison, l’Américain a livré une prestation qui résume bien son profil. Ni simple gestionnaire chargé de distribuer le ballon, ni scoreur uniquement préoccupé par ses propres statistiques, Neal revendique une certaine polyvalence dans sa manière de diriger une attaque. Un équilibre qu’il entend conserver sous la direction de Raphaël Pascual, sans se fixer de rôle trop rigide d’un match à l’autre.
« Pour décrire mon style de jeu, je dirais simplement que je suis un meneur capable de marquer. Ensuite, ma manière de jouer dépend de l’adversaire que nous affrontons. J’essaie de lire le jeu, de réagir aux situations et de prendre les bonnes décisions. Je cherche à impliquer mes coéquipiers et, quand c’est à moi de marquer, je marque. »
Dans cette organisation, la relation avec Raphaël Pascual semble essentielle. Recruté pour prendre les rênes de l’équipe, le meneur bénéficie d’une certaine liberté d’action. Le technicien français ne cherche pas à enfermer son meneur dans un cadre trop strict, préférant s’appuyer sur ses qualités naturelles pour faire progresser un collectif encore en construction.
« Le coach me laisse être moi-même. Il attend de moi ce que je viens d’expliquer : faire participer les autres, créer des situations pour mes coéquipiers et savoir aussi prendre le jeu à mon compte lorsque c’est nécessaire. Il me donne une certaine liberté. »
Cependant, cette autonomie n’empêche pas Neal de rester lucide sur le chemin à parcourir. Une victoire de prestige, aussi encourageante soit-elle, ne suffit pas à effacer le manque de préparation commune. Le SQBB doit encore travailler ses automatismes, définir sa hiérarchie offensive et apprendre à gérer les différentes configurations que lui imposeront ses adversaires. Bien que Neal se montre optimiste, il n’est pas pour autant convaincu que tout soit déjà acquis.
« Je trouve que nous commençons à bien trouver nos marques ensemble. Ce premier match a montré beaucoup de choses sur notre identité. Mais nous avons encore énormément de travail devant nous, parce que nous sommes une nouvelle équipe qui vient tout juste d’être assemblée. Malgré cela, je pense que nous pouvons faire une très bonne saison. »
Une confiance qui s’accompagne d’une volonté de progression collective, sans perdre de vue les circonstances particulières dans lesquelles le groupe a été constitué.
Le choc Pierre-Ratte : « Même quand on est fatigué, ça donne envie d’en faire encore plus »
Au-delà de la victoire et de ses statistiques personnelles, Erick Neal a surtout été marqué par l’environnement dans lequel il a disputé son premier match officiel sous les couleurs saint-quentinoises. Le Palais des Sports Pierre-Ratte, réputé pour sa ferveur, lui a offert un premier aperçu de ce que représente le basket dans l’Aisne. Pour un joueur ayant connu plusieurs pays et différents publics au cours de sa carrière, cette découverte a visiblement compté.
L’Américain ne tarit pas d’éloges sur les supporters du SQBB, dont l’engagement l’a particulièrement impressionné.
« L’ambiance était complètement folle. J’adore nos supporters, vraiment. C’était incroyable ! On m’a même dit que ce n’était pas encore ce que ça pouvait être avec toute la salle pleinement mobilisée. Alors j’ai vraiment hâte de voir ça. L’énergie qu’ils apportent donne encore plus envie de jouer, de se dépasser. Même quand on est fatigué, ça donne envie d’en faire encore plus. L’atmosphère était incroyable. »
Cette ferveur constitue un atout précieux pour un club qui devra probablement batailler tout au long de la saison afin de conserver sa place parmi l’élite. Dans une salle où la proximité entre le terrain et les tribunes accentue l’intensité des rencontres, le soutien du public peut contribuer à maintenir l’équipe dans des moments difficiles. Neal, qui a également connu les ambiances du basket turc, retrouve ici une forme de connexion avec les spectateurs. Il a d’ailleurs tenu à adresser un message chaleureux aux supporters saint-quentinois.
« Je veux simplement leur dire merci. Continuez à apporter cette énergie, parce que nous vous aimons et que nous adorons vous voir à la salle. Quand on vous entend nous encourager, ça nous pousse à jouer encore plus dur. Personnellement, cela faisait longtemps que je n’avais pas évolué dans une salle avec des supporters aussi impliqués dans le match. J’adore ça. Alors continuez à venir et à nous soutenir. »
Pour un joueur chargé d’organiser le jeu, cette relation avec les tribunes n’est pas anecdotique. Neal insiste sur l’impact concret de cette énergie sur son engagement physique et mental. Il sait également que l’enthousiasme suscité par la victoire contre Bourg doit maintenant se prolonger au-delà d’une seule soirée, alors que Saint-Quentin s’apprête à enchaîner les rencontres d’un championnat exigeant.
Le maintien comme priorité, mais l’envie de déjouer les pronostics
Malgré ce bon départ, personne au SQBB n’a oublié les turbulences de l’été. Sauvé administrativement après avoir été relégué sur le terrain, Saint-Quentin doit d’abord s’assurer de sa place en Betclic ÉLITE. L’Américain ne cherche pas à contourner cette réalité. Lorsqu’il aborde les objectifs de la saison, le meneur commence naturellement par le maintien, tout en affichant une ambition plus large : ne pas se contenter du statut d’équipe annoncée en difficulté.
« Bien sûr, notre premier objectif est de rester dans ce championnat. Mais nous voulons aussi gagner le plus de matches possible, battre des équipes que personne ne pense nous voir battre. C’est vraiment notre objectif. Nous voulons aller aussi loin que possible. »
Ce discours est cohérent avec l’état d’esprit montré contre Bourg-en-Bresse. Loin de se laisser intimider par le pedigree de leurs adversaires, les Saint-Quentinois ont prouvé qu’ils pouvaient compenser leur manque de préparation collective par leur expérience, leur engagement et leur capacité à rester dans le match.
Le succès initial ne garantit évidemment rien pour la suite, mais il a permis au groupe de se donner un premier repère commun. Pour Neal, le défi consistera désormais à entretenir cette dynamique tout en progressant dans le jeu.
En attendant, il poursuit son adaptation à son nouvel environnement, y compris dans sa vie quotidienne. À une dernière question, plus légère, sur ses premiers mots en français, il préfère répondre avec humour : « Il faudra me reposer la question dans quelques semaines, j’en aurai appris davantage ! » Avant d’accepter, avec un sourire, l’idée d’une nouvelle interview dans six mois, cette fois entièrement en français : « Oui, bien sûr ! »
D’ici là, Erick Neal aura surtout pour mission de confirmer sur le parquet ce qu’il a laissé entrevoir dès sa première sortie : le SQBB possède un meneur capable de porter son attaque, mais aussi un compétiteur bien décidé à ne pas accepter d’avance la hiérarchie établie.









