En tant que joueuse et General Manager, Céline Dumerc fait face à une situation inédite à l’approche de la Coupe du monde 2026. L’ancienne internationale française, accompagnée du staff des Bleues, se trouve à l’INSEP pour préparer cette échéance internationale, bien que les deux tiers de l’équipe finale ne soient pas encore présents.
Jean-Aimé Toupane a annoncé les noms de huit premières joueuses issues de la WNBA, qui ne rejoindront l’équipe que dans les jours à venir, certaines d’entre elles se rendant directement à Berlin. La General Manager et l’entraîneur avaient anticipé cette situation, s’y préparant depuis la dernière fenêtre de sélection en mars, tout en ajustant le groupe face aux divers imprévus. Au centre de performance national, Céline Dumerc fait le point sur cette préparation.
La préparation, avec l’arrivée des joueuses juste avant le début de la compétition, semble totalement inédite. Comment appréhendez-vous cette situation ?
Céline Dumerc :
C’est une première, hein ! Mais nous étions conscients de cette situation, et nous avions anticipé un peu depuis mars. Nous avons eu de nombreuses réunions, même avec les joueuses concernées, avant de connaître précisément les effectifs des équipes de la WNBA.
Il y avait encore beaucoup d’incertitudes entre mars et aujourd’hui, mais nous avions déjà esquissé une idée de notre préparation. Il y a eu de nombreux changements depuis. C’est notre capacité à nous adapter, à modifier un peu nos habitudes qui nous permettra d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.
Communication et réactivité
Comment avez-vous impliqué les joueuses qui ne sont pas présentes physiquement ?
C’est une question de communication. Tout est une question de dosage : nous ne voulons pas les submerger d’informations parce qu’elles sont engagées dans des compétitions, elles ne sont pas en vacances. Elles vivent aussi quelque chose d’important, donc il faut respecter ces moments.
La plupart de ces joueuses connaissent déjà Jean-Aimé, à l’exception de Carla [Leite], et ont donc des attentes. Certaines étaient présentes en mars pour le TQO. La communication est axée sur le recueil d’informations, car beaucoup de choses peuvent changer malgré leurs engagements. Les états physiques, la fatigue… Il est crucial de suivre cela sur la durée. Nous essayons de maintenir un fil rouge depuis mars, et de nous adapter. Pour cette préparation, plus que pour les autres, nous nous sommes dit qu’il fallait être vraiment très réactifs.
Relations avec les franchises de la WNBA
Les franchises de la WNBA, qui libèrent leurs joueuses, ont-elles formulé des demandes particulières ?
Non, pas de manière précise ou directive. Sinon, pourquoi les clubs de la Boulangère Wonderligue ne verraient-ils pas les choses de la même façon ? Les clubs français ont également repris leurs activités. Chacun reste à sa place, et je pense que les franchises l’ont compris. Dans nos échanges, il y a eu beaucoup de bienveillance.
Je pense que les franchises sont heureuses d’avoir des joueuses à l’international, qui vont participer à la Coupe du monde. Il est important de maintenir nos bonnes relations, car cela compte. Nous ne travaillerons pas les uns contre les autres, mais plutôt ensemble, chacun respectant son domaine de compétences. Les franchises nous laissent suffisamment de liberté, tout en restant en contact.
Ambitions et défis de l’équipe
Gabby Williams décrit l’effectif comme le meilleur avec lequel elle a joué en équipe de France. Quelles sont vos ambitions pour les Bleues ?
L’équipe n’est pas encore complètement définie, donc je ne sais pas comment elle peut affirmer que c’est la meilleure (sourire). Ce sont ses paroles, je ne vais pas les commenter. Cependant, nos ambitions sont toujours élevées depuis plusieurs années. Nous n’avons pas remporté de médaille au mondial depuis 1953, ce qui commence à faire longtemps. Ce serait un résultat souhaité, en lien avec un groupe qui a vécu ensemble et qui a décroché l’argent aux Jeux Olympiques. Naturellement, nous faisons le lien.
Il y a aussi beaucoup d’inconnues dans cette compétition. Savoir comment le groupe pourra se former en deux jours et demi sera crucial. Si nous parvenons à créer cette unité et cette équipe en si peu de temps, nous pourrions rivaliser avec les plus grandes nations. Mais nous ne sommes pas les seules dans cette situation, donc ce n’est pas une excuse. Chacun devra donner un peu plus.
Avez-vous une vision claire du programme lorsque tout le monde sera réuni ?
C’est assez classique, comme si un début de stage allait se dérouler. Nous devrons prendre en compte la fatigue, avec un décalage horaire qui peut atteindre neuf heures pour certaines. Un processus sera mis en place avec le staff médical pour essayer de régénérer les organismes face à la fatigue de la saison de la WNBA et du voyage.
Il y aura différentes étapes entre le terrain, les vidéos pour la mise en place du collectif, et la récupération. Ces éléments se préciseront au fil des jours et en réaction aux joueuses. Nous avons hâte de les accueillir, d’évaluer leur état de forme et de voir jusqu’où nous pouvons aller.
Les trois matchs de poule pourraient ressembler à des matchs de préparation.
Oui, et cela peut être un piège. Mais nous savons que pour accéder à la phase suivante, il faut les gagner. Ce sont les matchs qui nous permettront de tester notre équipe. Nous n’aurons pas d’excuse : nous serons immédiatement dans la difficulté car nous n’aurons pas eu le temps d’ajuster notre jeu avec des matchs amicaux.
Nous allons affronter des équipes comme la Hongrie ou la Corée, qui sont peut-être mieux préparées et rassemblées depuis plus longtemps. Elles ont des automatismes peut-être plus fluides ; mais j’espère que notre intensité et nos intentions nous permettront de rivaliser dès le départ. Nous avons besoin de victoires pour passer au tour suivant.
En plus des joueuses de la WNBA, quatre profils restent à déterminer parmi celles présentes à l’INSEP. Souhaitez-vous privilégier des joueuses d’expérience ou celles ayant déjà des complémentarités avec certaines cadres ?
Je pense que c’est un peu des deux. Une équipe de France est faite de complémentarités, d’équilibre, d’adhésion au projet de jeu ; ce ne sont pas seulement les meilleures joueuses du moment. Ces éléments demeurent constants.
Quoi qu’il arrive, j’ai beaucoup de respect pour les joueuses présentes à l’INSEP depuis une semaine ! Je leur tire mon chapeau. Elles sont venues avec beaucoup d’envie et d’intentions ; elles se donnent à 300 % même en sachant qu’il y a peu de places restantes. La situation est nouvelle pour elles, ce n’est pas évident. Elles sont formidables. Vraiment, je suis très satisfaite et je trouve que ce sont de belles valeurs pour l’équipe de France. C’est avec des joueuses comme cela que nous pourrons envisager l’avenir, au-delà du Mondial.
Cependant, le groupe a subi des pépins, comme les blessures d’Alicia Tournebize et plus récemment d’Alexia Chery…
Oui… Mais c’est comme tout, il y a aussi la maternité d’Iliana [Rupert]. Nous ne pouvons pas nous plaindre, c’est la vie normale.
Effectivement, nous étions tristes ce matin de voir partir Alexia. Cela fait partie du jeu, mais c’était bien qu’elle soit là depuis le début. Nous lui souhaitons un bon rétablissement pour qu’elle puisse reprendre au plus vite avec son club.
Depuis l’INSEP, Paris…









